La plupart du temps, les histoires d’allergies alimentaires sont des récits de privation, de drame ou d’exclusion. La vie des gens qui doivent composer avec celles-ci est remplie de ces anecdotes qui frappent l’imaginaire. Ce n’est pas étonnant, les allergies alimentaires sont tellement violentes et sournoises qu’une bonne partie de nos existences finissent inévitablement par tourner autour des contraintes qu’elles imposent.
Pourtant, lorsque nous sommes confrontés à des épreuves, cela peut venir chercher le meilleur de nous-mêmes… et des autres !
À l’école de mon garçon, un atelier de cuisine était prévu pour la Semaine des services de garde. Le projet était tout simple : chacun des groupes du service de garde devait faire un gâteau durant la semaine et, le vendredi, tous les gâteaux seraient mis ensemble sous une onctueuse couverture de glaçage.
Tous les parents et tous les élèves étaient alors conviés à partager un morceau de dessert, à la fin de l’après-midi, dans une agréable ambiance de fête à l’école… Il était impossible de songer que Charles-Antoine, mon fils qui a de multiples allergies alimentaires, puisse participer à cette activité, à moins de revêtir une combinaison d’astronaute et de ne pas goûter au résultat de ses efforts.
Il allait donc, forcément, être tenu à l’écart et personne ne s’en serait vraiment soucié. Pas même lui, probablement. Étant un champion de la résilience pour les contraintes que lui imposent ses allergies alimentaires, il serait sans doute aller faire un joli dessin dans un coin, pendant que ses amis allaient manipuler des aliments très dangereux pour lui, comme des œufs et du lait.
J’ai toujours soutenu que les allergies alimentaires de mon garçon ne devaient pas devenir une source de contrainte et de privation pour les autres, ce qui mènerait inévitablement à ce que sa présence dans un groupe devienne une source de frustration. Par contre, j’ai toujours demandé la plus grande prudence lorsque des allergènes sont manipulés près de lui parce qu’un simple contact ou l’ingestion accidentelle d’une trace d’allergène pourrait avoir des conséquences dramatiques pour lui.
Sauf que cette fois, une éducatrice particulièrement attentionnée a décidé de prendre le projet en main. Elle avait acheté notre livre « * Peut contenir des traces de bonheur » et elle avait trouvé une recette de gâteau qui lui avait semblée fort prometteuse. Ainsi, s’était-elle dit, TOUS les enfants pourraient participer à l’activité culinaire de l‘école…
Au cours de la semaine qui a précédé le projet, elle nous a contacté à plusieurs reprises pour s’assurer que tous les ingrédients utilisés étaient sécuritaires pour notre garçon. Elle a aussi contacté tous les autres parents dont les enfants souffrent d’allergies alimentaires pour confirmer que ce gâteau serait aussi conforme à leur diète.
Tous les groupes d’élèves ont travaillé bien fort à l’élaboration de ce gâteau pendant la semaine. Charles-Antoine a pris plaisir à mettre la farine et l’extrait de vanille dans le mélange. Une atmosphère de plaisir et d’effervescence se dégageait de la préparation de cette activité.
Le grand jour est arrivé. J’ai éprouvé beaucoup d’émotion lorsque j’ai vu cet immense et magnifique gâteau, entièrement décoré avec des fruits des champs. Je voyais tous les parents et tous les enfants s’empiffrer avec délectation de ce majestueux dessert collectif. Personne ne remarquait que certains ingrédients d’un gâteau traditionnel avaient été substitués !
Même au moment de manger, mon petit Charles-Antoine se demandait où était le gâteau fait spécialement pour lui. Je crois que ma voix a un peu vibré à cause de l’émotion lorsque je lui ai dit que tout ce grand gâteau ne représentait aucun danger et qu’il pouvait en manger sans crainte ! Il n’en revenait tout simplement pas !
J’avoue avoir tout de même éprouvé une certaine nervosité au moment où il a pris sa première bouchée de gâteau. Les parents d’enfants allergiques vivent toujours une certaine anxiété – justifiée – lorsqu’il est temps de manger des plats qui n’ont pas été préparés à la maison… Mais tout s’est bien déroulé et il a pu manger son morceau de gâteau, coupé dans le même magnifique gâteau que celui de tous ses amis... Il est difficile d’exprimer comment une situation, somme toute banale, peut faire vivre une émotion aussi intense.
J’ai remercié toutes les éducatrices qui semblaient toutes être bien fières ce cet effort additionnel qu’elles avaient déployé pour ne pas exclure les enfants allergiques.
Vraiment, il y a des moments comme ceux-ci qui redonnent confiance en l’avenir !
Merci à Annie, Lorraine, Julie et tout le personnel du service de garde de l’école l’Aquarelle.
Vous avez vécu de belles histoires avec des gens qui ont eu des attentions particulières pour quelqu’un qui a des allergies alimentaires ? N’hésitez pas à nous les poster, nous aimerions les lire ! Qui sait, peut-être cela donnera-t-il des idées à d’autres personnes !
Julie La Rochelle
Jean-Sébastien Lord

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COMMENTAIRES REÇUS :
Je viens tout juste de lire votre chronique "Une belle histoire d'allergie" et j'aimerais partager la mienne, ou plutôt la nôtre.
Félix, allergique aux produits laitiers, fréquente l'école depuis septembre. Mes craintes étaient grandes quant à un nouveau service de garde. Allaient-ils faire aussi attention que ce cher cuisinier si prudent de la garderie? Et bien oui, ces éducatrices sont, elles aussi, des anges-gardiens.
Mensuellement, l'éducatrice de mon garçon fait faire des gâteaux aux enfants afin qu'ils puissent les manger tous ensemble pour fêter les anniversaires du mois. Au début de l'année, elle m'a demandé une de mes recettes de gâteau afin que Félix puisse participer, comme tous les autres, à la préparation et à la dégustation de cette gâterie. J'étais touchée! Elle aurait très bien pu demander à Félix de regarder pendant que les autres font la recette et me demander de fournir son propre gâteau... mais non! De plus, chaque fois que des activités culinaires spéciales sont organisées, la responsable me questionne sur ce qu'elle peut faire pour Félix et fait, à l'occasion, des achats spéciaux (lait de soya, margarine sans lactose...) pour qu'il puisse, le moins possible, se sentir à part des autres.
Une autre attention m'a beaucoup touchée à l'école de mon garçon; son enseignante a demandé aux parents que les collations des enfants ne soient que des fruits ou des légumes; pas de yogourt ou fromage(afin d'éviter le contact entre Félix et l'allergène).
Tout ceci me touche à un point où, chaque fois que je vois les efforts qu'ils font pour mon garçon, je viens vite avec le "motton" au fond de la gorge...
Merci au service de garde de l'école Ste-Hélène à Breakeyville.
Quelle ouverture d'esprit!
Emmanuelle F.
Vous avez eu plus de chance que nous pour cette semaine des services de garde. À l'école de mon fils (allergique aux oeufs et arachides) la directrice du service de garde à fait des petits muffins sans arachides mais n'a pas pensé aux oeufs... Les muffins étaient pour les parents et non les enfants mais rendu à la maison, mon fils en a mangé un. Il a été très malade (pas eu besoin de l'épipen mais... mal au ventre pour Hugo et maman aussi.) La directrice a avoué ne pas y avoir pensé et a précisé que c'était pour les parents. Tu remets un beau muffin bien décoré de bonbons à un enfant de sept ans, il est tenté non. Il a dit qu'il avait droit car il n'avait pas d'arachides mais il a oublié lui aussi les oeufs. Je ne me suis pas gêné pour dire que Hugo n'aurait même pas dû manipuler les muffins pour les décorer.
Il ne faut jamais faire confiance à personne. C'est très difficile pour toute la famillle.
Heureusement qu'il y a des gens comme vous pour nous faciliter la vie.
Bravo!
Isabelle R.



